La femme japonaise dans le monde du travail


L'inégalité hommes-femmes au travail est un phénomène bien connu du système d'emploi japonais. Ces inégalités sont toujours défavorables aux femmes. Elles naissent et sont entretenues par les mentalités réactionnaires.
Au Japon, les normes sociales, autrement dit les règles exigées et imposées dans les esprits, sont très conservatrices, le rôle de la femme étant de se trouver un mari et d'arrêter de travailler pour se consacrer entièrement à sa vie familiale.


Tout d'abord, l'inégalité la plus visible est la différence de salaire entre les hommes et les femmes, ces dernières gagnent moitié moins que les hommes, leurs salaires étant, jusqu'à 60 % inférieur à celui des hommes.

Puis se pose le problème de la longévité au sein de l'entreprise, une femme qui décide de concilier sa carrière avec sa vie familiale doit s'arrêter de travailler ne serait-ce que pour la période de maternité. A ce moment là, elle perd toute chance de promotion car ses années de services et d'anciennetés sont prises très aux sérieux par le système d'emploi japonais; que la femme reste travailler jusqu'à sa période de maternité est très rare car en général une femme qui envisage de se marier arrête sa carrière. A la fin de l'éducation de ses enfants, la femme peut décider de revenir sur le marché du travail mais n'a pas de grand espoir de retrouver un poste car les entreprises sont très frileuses à l'idée d'engager des femmes avec si peu d'expérience. Ce phénomène se fait ressentir sur les graphiques concernant l'emploi féminin: contrairement aux pays européens, dont la courbe se présente sous forme de "trapèze" qui signifie un taux d'emploi élevé dans la tranche d'âge 20-40 ans, le Japon, a une courbe en forme de "M". Comme expliqué précédemment, les femmes japonaises se retrouvent face à un dilemme, souvent entre 20 et 40 ans, celui d'élèver un enfant tout en menant leur carrière et se voient, le plus souvent, contraintes de quitter leur emploi.  Généralement les femmes décident de reprendre un travail aux alentours de 40 ans, car les enfants ayant grandi, ont moins besoin d'elles, par conséquent, la pression familiale retombe. De 1992 à 2002, la forme de la courbe, en "M", est devenue encore plus flagrante. De plus, les primes de départ pour le mariage ou la naissance d'un premier enfant sont plus avantageuses que pour un autre motif.

Une politique de soutien des femmes japonaises désireuses de mener une vie familiale et professionnelle, était nécessaire.

Au fil des années, la part du travail féminin dans l'ensemble de la population active augmente. Dernièrement, cette part se serait élevée à 41%. En réalité, ce chiffre n'est qu'une facade et cache une réalité beaucoup moins réjouissante: le nombre de femmes travaillant comme intérimaire ou à temps partiel est en hausse. En 2002, 39,7 % des femmes étaient concernées par ce phénomène contre 10 % à peine des hommes .
D'autre part, leur travail à temps partiel se limite à celui d'employée de bureau, appelé "Office Ladies" (F
emmes actives japonaises effectuant des tâches de bureau à bas niveau de responsabilité, telles que servir le thé, faire du travail de secrétariat ou d'accueil. Elles doivent rendre l'environnement de travail plus agréable pour leurs collègues masculins. Elles sont plus décoratives qu'autre chose. L'existence des Office Ladies est un produit des conceptions "traditionnelles").
Plusieurs raisons expliquent le choix des femmes japonaises pour le travail à temps partiel dont la principale étant qu'une femme mariée qui travaille à temps plein et qui dépasse un certain seuil (1 millions de yens, c'est à dire, 10 000 euros) verra ses revenus taxés, ce qui les découragent particulièrement.

Pour contrer ces inégalités, le système japonais à créé une politique de réduction des inégalités, cette politique sociale de l'Etat fait l'objet de plusieurs lois.
Tout d'abord, le cadre légal du travail des femmes (constitué par le Code du travail en 1947) va être modifié au milieu des années 80. Le but de ce Code du travail est marqué par une idéologie familiale, il veut protéger le statut de mère avec par exemple un nombre limité d'heures supplémentaires, le travail de nuit interdit, et la possibilité de prendre 6 semaines de congés payés avant et après la naissance de l'enfant.
Puis, la première loi de 1985 pour la promotion de l'égalité hommes-femmes au travail qui est marquée par la vision du Bureau des Femmes. Cette loi est le résultat d'un compromis et par les spécificités du droit du travail japonais. On peut voir dans cette loi l'influence de Nikkeiren (Japan Formation of Employer's Association) : son but est d'offrir des opportunités de carrières aux femmes très motivées mais cette loi a ses limites car elle n'ouvre pas de perspectives de carrière à l'ensemble des femmes. Le caractère de cette loi est très peu contraignant car elle pousse juste à arrêter toutes formes de discriminations mais ne consiste pas en une interdiction. Autrement dit, elle encourage les employés à s'abstenir de discrimination mais ne prévoit aucune sanction à leur égard.
Par la suite, en 1994, le gouvernement a établi un "comité de réflexion pour une société de participation conjointe des hommes et des femmes", des militantes féministes et des associations y ont été invitées. Cette rencontre débouche sur la loi pour une société de participation conjointe des hommes et des femmes votée en 1999. Cette loi concerne l'emploi mais aussi la participation des femmes à la vie politique.
D'autre part, l'amendemant de la loi de 1985 sur l'égalité des chances hommes-femmes, voté en 1997 et mis en application en 1999, a été très important : les principaux changements concernent l'interdiction de la discrimination et les références explicites au problème du harcèlement sexuel. Celui est très présent dans les entreprises japonaises. En effet, en 1997, 62,1 % des femmes interrogées déclaraient avoir été victimes, au moins une fois, d'un comportement, d'une agression ou d'un propos pouvant "passer pour du harcèlement". Car au japon, la notion du harcèlement sexuel dépend de la résistance que la femme aura manifesté pour repousser son agresseur. Cependant, si la femme japonaise se plaint, bien souvent, elle risque le licenciement ou autre forme similaire d'exclusion, volontairement ou non, et par conséquent, l'arrêt définitif de sa vie professionnelle. Dans les bureaux, de nombreux collègues masculins sont fiers de montrer aux autres employés des images et fichiers pornographiques sur leurs ordinateurs. Les supérieurs directs leurs font des attouchements. Et pour finir, les "vieilles" employées, aux alentours de 40 ans, désireuses de conserver leur emploi, ou pour évoluer, sont souvent contraintes d'avoir des rapports sexuels avec leur directeur.

Et enfin, la réforme du code du travail en 1999 qui met fin à l'interdiction concernant le travail de nuit et aux restrictions sur les heures supplémentaires.

Afin de réconcilier vie familiale et vie professionnelle, les pouvoirs publics japonais ont pris un certain nombre de mesures.
On peut ainsi citer le renforcement du système de congé de maternité en 1991 établit par le code du travail en 1947, la loi sur le congé parental en 1994, la mise en place du congé familial en 1995, puis en 1999 et enfin les procédures de réemploi, introduit directement dans la révision de la loi de l'égalité des chances hommes-femmes, en 1997.
Certaines entreprises ont adoptées des politiques spécifiques, elles ont maintenant une certaine flexibilité et prennent en compte les attentes et les besoins de la main-d'oeuvre féminine. Ces entreprises ont fait de réels efforts afin de satisfaire leurs employées féminines. C'est le cas de "Daido Mutual Life Assurance" qui a supprimé l'uniforme pour les femmes. "Ito Yokado", une grande chaîne de supermarché japonaise, a également établit une nouvelle filière d'emploi pour celles qui ne peuvent se permettre des mutations ailleurs que dans leur propre région. Les brasseries "Kirin" ont aussi créé une nouvelle filière, où la promotion est accordée, non pas par rapport au sexe ou à l'ancienneté, mais seulement au mérite. Cela permet aux femmes de faire carrière. Enfin, les grands magasins Isetans dont la main d'oeuvre féminine était déjà élevée à 70%, font construire des studios pour leurs employées dont ils payent eux-même le loyer.

Cependant, d'autres entreprises ont du mal à engager des femmes malgré leur besoin de main-d'oeuvre féminine: elles gardent une conception conservatrices de la société et doutent des capacités d'une femme, ce qui est dû à son passé de mère. Dans ces mêmes entreprises, les entretiens d'embauche sont discriminatoires : les femmes se voient poser des questions comme le comportement qu'elles adopteront lorsqu'elles auront leur premier enfant.

L'Université japonaise des femmes à décidée de réagir : un programme nommé "formation continue études-emploi" a été mis en place depuis la rentrée 2007. Ce programme est conçu pour les femmes ayant un diplôme de licence et une expérience professionnelle, elles peuvent dorénavant prendre des cours de remise à niveau et recevoir des conseils pour trouver un emploi qui correspond à leurs compétences et à leurs envies.

Pourtant, malgré l'évolution des moeurs, l'image traditionnelle de la femme semble très profondement  marquée dans l'esprit de la population japonaise, car encore aujourd'hui, 53% des hommes sont défavorables à une activité professionnelle des femmes mariées et 38% des femmes sont d’accord avec l'idée que la place de la femme est à la maison et celle de l’homme au travail.
Encore aujourd'hui, très peu de femmes se voient attribuer des postes à responsabilités, notamment dans les très grandes entreprises. Que ce soit sur la scène diplomatique, dans l'administration, au sein du système éducatif ou tout simplement dans les entreprises, rares sont les femmes qui obtiennent des postes à très haute responsabilité.

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